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Sahara

Lhomme qui, du désert connaît
le secret, ne peut vieillir.
La mort viendra, tournera autour de la dune puis repartira.
Le jour sera sévère, mais la nuit,
ne troublera point le regard profond de ce visage
qui bâtit des demeures de patience.
De ses mains il tiendra la vie en saison haute, inaccessible au malheur.
Lhomme qui, du désert ne saccage point
la légende, ne peut subir loutrage.
Il sera dépositaire dune mémoire obscure tissée
dénigmes et de beauté.
Héritier du livre laissé par la nuit.
Les vents le maintiendront humble et fier
debout hors de toute défaite.
Lhomme qui du désert sera le témoin,
maître dun dessein délivré de la souffrance,
habitera une maison où la faim nentre plus.
Il sera peut être sans haine, éternel dans le courage,
enfant traversant le siècle avec un cerceau détoiles,
dormant dans lorgueil des ronces, sur la ligne blanche,
gardienne du ciel.
Lhomme qui, du désert sera le récit,
livre de la passion et du pardon,
coeur ouvert, grand comme le pays et le temps,
cet homme ira comme un cheval libre hors laride et limpénétrable.
Il mêlera les mots au sable pour ouvrir les
portes
des villes souterraines et des nuits imprenables.
La liberté aura son visage, sa voix et sa folie.
Mais le désert est un malentendu, un mauvais
lit pour le sommeil et le songe,
une page blanche pour la nostalgie.
Les bédouins sont dans la ville, les chameaux dans la légende
et les nomades dans les cirques de lâme fatiguée.
Tahar Ben Jelloun
extrait du texte de " SAHARA "
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